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Nicola Toscano se détache dans la brume matinale, nous sommes bientôt mi-février.
Comme chaque année à pareille époque son troupeau fait transhumance dans la région.
Sept chiens et un âne, Bluri, accompagnent ce long cortège dans le silence.
Nicola Toscano fait une pause, les chiens en profitent pour se coucher dans un rayon
de soleil et l’âne suit quelques brebis à la recherche de la meilleure herbe. La
magie de l’instant opère, la transhumance trouve au fond de notre âme
l’émerveillement. Peu de mots, des regards, un sourire et bientôt le troupeau se
rassemble sous l’œil vigilant du berger et ses chiens.
« Cet hiver au début de la transhumance j’avais un troupeau de 600 moutons confiés
par les Frères Benzoni d’Aubonne. Ils sont déjà venus en rechercher une partie et
prendre des nouvelles des animaux ». L’occasion aussi de ravitailler Nicola qui suit
la tradition mais avec tout de même un peu plus de confort. Une camionnette pour
chauffer son repas et mettre son matériel. Reste le feu, le froid, la solitude des
longues soirées d’hiver et les visites d’amis. De beaux moments de partage.
Le jour baisse et il est bientôt temps de rejoindre la forêt où Nicola passera la
nuit. Mais avant il faut traverser la route et la circulation est dense c’est
l’heure où les pendulaires rentrent du travail. Une fois le troupeau mis en
sécurité, les chiens se couchent sur la paille, le jeune chiot de 4 mois est lové
entre les pattes de son père, un border collie. Les sept chiens sont de la même
race. Des chiens qui apprennent leur «métier » au contact des aînés, qui ont 14 et
15 ans mais l’œil encore bien vif. Une chienne et ses deux filles s’éloignent et
rattrapent les moutons restés en arrière.
Pour Nicola devenir berger était une évidence. Passion, liberté, nature, des mots
qui reviennent souvent. Un métier que l’on apprend avec les anciens. « Mais cela
devient difficile, la densification des habitations et les chantiers modifient les
cheminements. C’est le douzième hiver que je viens dans le Gros-de-Vaud et je vois
le pays changer ». L’été Nicola part en transhumance dans le Tessin, dans les
alpages à l’écart du monde, du bruit et des routes. Si on lui demande si les moutons
se ressemblent ? Il dira qu’ils ont tous leur caractère. Et si l’on se fond dans le
troupeau, calmement sans bruit et geste brusque bientôt les animaux s’approchent et
l’on découvre alors toutes ces différences. Certaines brebis, les plus belles,
marchent devant, un grand mâle (castré) tient son rôle de chef de file souvent aux
côtés de l’âne Bluri. Quelques curieux cherchent le contact avant que tout le
troupeau se rassemble et s’arrête groupé quelques instants avant de reprendre une
marche lente sous le regard attentif du berger.
La loi cantonale autorise la transhumance du 15 novembre au 15 mars. Chaque berger a
une zone définie par le vétérinaire cantonal. Si la tradition persiste encore en
Suisse romande, l’avenir est incertain. Heureusement des éleveurs poursuivent cette
tradition et trouvent encore des bergers qui ont de l’expérience et savent répondre
aux besoins du troupeau. Mais pour combien de temps encore ?
Dany Schaer
Février 2018
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